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Brancardier : un métier clé… mais invisible ?

De la chambre au bloc chirurgical puis de la table d’opération à la salle de réveil, le transfert du patient sur le brancard est un maillon essentiel de la prise en charge hospitalière. Pourtant, les professionnels responsables de cet acte ne sont pas toujours considérés à leur juste valeur. Reportage au CHU de Nantes.
Un lundi au CHU de Nantes, rendez-vous au 6e étage, là où se trouve le bureau des brancardiers. Equipe composée de 38 professionnels dont 11 régulateurs. Il est 14h15, l’activité est fluide, sans pic d’intensité, le planning ne compte aucun absent. « Nous allons donc effectuer environ 20 transports chacun, comme c’est le cas chaque jour lorsque les aléas sont minimes », expliquent Babeth et Caroline.

En exercice depuis 20 ans au CHU, ces deux brancardières quittent le bureau de la régulation d’un pas vif pour rejoindre le service orthopédique. Sans ralentir la cadence, elles franchissent les portes battantes. Et contournent, les chariots emplis de produits d’hygiène, puis les jeunes internes en discussion aux portes des malades. Sans jamais gêner la circulation, elles suivent sur leur téléphone portable les informations concernant la prochaine patiente à transporter. « Chambre 303, Madame Siminot* ». Ces données envoyées de la plateforme de régulation « nous sont indispensables pour rester calées sur le planning des blocs opératoires ».
Arrivées à l’étage, Babeth et Caroline frappent à la porte de Madame Simonot, détendue et souriante. Quelques phrases chaleureuses et puis c’est parti pour un enchaînement de gestes aussi précis que musclés pour une prise en charge de la patiente. Une habileté essentielle afin de passer entre les virages et couloirs parfois bondés, et entre les portes des ascenseurs sans perdre de temps. « Parfois nous arrivons dans les services et les patients ne sont pas prêts. Nous pouvons attendre 5 minutes mais au-delà, le temps nous est compté, nous sommes attendus pour un autre transport dans un service différent. A nous donc d’optimiser nos déplacements ». Fonction dévolue au plateau de régulation.
Une fonction support
Mais comment apprend-on ce métier ? « La formation se fait sur le tas pour les paramédicaux », expliquent-elles en calant le brancard dans le bloc opératoire avant de saluer Madame Simonot d’un large sourire. « Les personnes qui n’ont pas de diplôme d’aide-soignant suivent des cours de sensibilisation aux gestes de premiers secours », précisent-t-elles en se dirigeant vers l’étage du service de gastro-entérologie.
L’ascenceur démarre et Sylvie revient sur sa conversion en brancardière. « Auparavant je travaillais comme aide-soignante dans un service de soins palliatifs en oncologie. Le suivi des patients sur le long terme était très prenant. Aujourd’hui, « les accompagnements sont plus éphémères ». Mais le lien social, Caroline explique ne pas en manquer. « Les transports sont courts, mais restent l’occasion de répondre aux inquiétudes du patient, surtout si ce dernier n’a jamais été opéré. « Nous avons en effet une fonction support qui demande une implication de court terme dans la prise en charge », ajoute Babeth.
Comme une micro-ville et ses transports
« Au temps où nous avons changé de métier, chaque pôle médical disposait de ses propres brancardiers », racontent les deux femmes. Aujourd’hui, l’hôpital fonctionne comme une micro-ville dans laquelle les services sont centralisés, les moyens de transports régulés et la hiérarchie occupe une place centrale dans les rapports humains. Si le brancardier n’est pas situé en haut de la pyramide des diplômes médicaux et paramédicaux, cette fonction n’en est pas moins indispensable. La preuve, « au moindre retard lié à la multitude des transports à effectuer, ce décalage dans la prise en charge se fait toute de suite sentir », dit-elle en passant le sas de sécurité, là où le port de charlottes, blouses et sur-chaussures devient obligatoire.
Raison pour laquelle la communication entre collègues et l’optimisation des déplacements sont indispensables… tout comme le respect de chaque corps professionnel. Or le point négatif de ce métier, « c’est l’accueil parfois froid pouvant aller jusqu’à l’ignorance que nous rencontrons dans les services de la part des autres professionnels », raconte Caroline en franchissant la porte du pôle gastro-entérologie.
Des événements indésirables rapportés ?
Ces situations ne sont pas marginales. Elles font d’ailleurs l’objet « d’événements indésirables (EI) » à déclarer auprès des supérieurs. Mais les EI « officiellement rapportés sont bien inférieurs aux situations réellement vécues », témoigne Sophie Cossu, cadre brancardier du CHU. « Fréquemment, les brancardiers en parlent entre deux portes, mais ne vont pas suffisamment au bout de la démarche. »
Pourtant, faire entendre sa voix, c’est contribuer à la reconnaissance du métier. Et valoriser sa compétence paramédicale, à la croisée entre la technicité et le lien social. A ce jour, 24 des 38 brancardiers du CHU de Nantes ont exercé comme aides-soignants avant de prendre les rênes des brancards. Désormais, pour renforcer ces équipes de brancardage, le CHU emploie exclusivement des aides-soignants.
*Pour conserver l’anonymat, les noms et prénoms ont été modifiés