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Cancer et statut social : éviter 15 000 cas par an

Cancérologie
Dans quelle mesure le statut social influence la survenue de cancers ? C’est pour répondre à cette question que des chercheurs français ont tenté d’en savoir plus sur un éventuel lien de cause à effet. Leurs conclusions viennent de paraître dans la dernière livraison du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).
Statut social et cancer, le lien entre les deux éléments n’a rien d’anodin. A tel point que la réduction des inégalités sociales de santé est devenue une priorité des différents Plans cancer.
Des chercheurs de l’Inserm* ont quantifié l’influence de l’environnement socioéconomique sur l’incidence des cancers en France. Et ce pour « chacune des 15 tumeurs solides et des trois hémopathies malignes les plus fréquentes ». Ils se sont ainsi penchés sur tous les cas diagnostiqués dans les registres membres du réseau Francim (Réseau français des registres des cancers) entre le 1er janvier 2006 et le 31 décembre 2009.
L’étude a porté sur près de 190 000 patients. Résultat, un rapport de cause à effet croissant a bien été observé entre la survenue de certains cancers et un statut socioéconomique défavorable. Concrètement, il s’agit des tumeurs de « l’estomac, du foie, des lèvres-bouche-pharynx et du poumon dans les deux sexes, du larynx, de l’œsophage, du pancréas et de la vessie chez l’homme et du col de l’utérus chez la femme. »
Voilà qui confirme « le sur-risque lié à la défavorisation sociale pour les cancers des voies respiratoires et digestives hautes », avancent les auteurs. « Certains facteurs de risque comme la consommation tabagique, les expositions professionnelles ou aux polluants atmosphériques expliquent sans doute une partie importante des différences observées. » Ainsi, selon les chercheurs, « près de 15 000 cas de cancers pourraient être évités en France chaque année par une amélioration appropriée des conditions de vie et la promotion de la santé des populations les plus défavorisées. »
Les classes favorisées, aussi touchées
En analysant les résultats, les chercheurs ont également observé que certains types de cancers sont plus fréquents chez les personnes vivant dans un environnement favorisé. En l’occurrence, le mélanome pour les deux sexes, les cancers de la prostate et du testicule chez l’homme et du sein et de l’ovaire pour la femme.
« Pour ce qui est de la prostate et, dans une moindre mesure, du sein, ces différences peuvent être dues à la détermination sociale de la pratique du dépistage et du sur-diagnostic qui lui est lié », lancent les chercheurs. « Mais pour le testicule, l’ovaire et le mélanome, les facteurs de risque restent à identifier. »
*U1086 Inserm-UCBN, Cancers et préventions, Équipe labellisée Ligue contre le cancer, Caen, France