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Déjà-vu : des faux souvenirs refont surface ?

Neurologie
Sorte de flash stimulant les sens et perturbant la mémoire, l’impression de déjà-vu nous prend toujours par surprise. Mais comment expliquer cette impression parfois vertigineuse qui, pendant quelques secondes, nous donne cette sensation de revivre une scène du passé au détail près ? Les précisions du Dr Arnaud Biraben, neurologue au CHU de Rennes et spécialiste de l’épilepsie.
« J’ai un moment de déjà-vu ! ». Une nette impression d’avoir déjà vécu ce moment précis vous envahit le temps de quelques secondes puis la vie reprend son cours normal.
Apparue sous la plume des philosophes et médecins du 19e siècle, l’impression du déjà-vu a parcouru du chemin. Ainsi selon le neurologue et père de la psychanalyse Sigmund Freud, ce phénomène révèle l’existence de rêves prémonitoires. Le philosophe Henri Bergson, lui, explique cet événement par un manque de simultanéité entre la perception et la mémoire.
Le symptôme d’une épilepsie temporale
Mais aujourd’hui que savons-nous sur son origine ? Pour comprendre, entrons dans la sphère du pathologique qui, comme souvent en neurologie, aide à comprendre le fonctionnement du cerveau normal.
« Déclarées en début de crise épileptique, des lésions localisées dans le lobe temporal peuvent provoquer une sensation de déjà-vu. Plus précisément, ce phénomène se déclenche par une atteinte simultanée du cortex entorhinal et du cortex externe », explique le Dr Arnaud Biraben, neurologue au CHU de Rennes. Dans ces zones siègent les capacités de reconnaissance des visages, des scènes et leur association avec un souvenir précis.
Essentiel pour la mémoire spatiale, l’hippocampe est aussi impliqué dans ce mécanisme. Cette structure se charge en effet  de rechercher des informations à partir d’un stimulus suscitant le rappel. Appelé « recollection de souvenirs », ce phénomène nécessite de « décrocher » du monde extérieur pendant un court  moment pendant lequel il ré-associe – dans une sorte d’introspection - les « faux souvenirs ». Mais de retour à l’instant présent, ces souvenirs ne font pas sens, d’où le décalage entre la réalité et l’impression de revivre un moment.
Chez les patients épileptiques, le déclenchement d’une crise peut aussi s’accompagner d’une sorte de flash-back, une réminiscence, c’est-à-dire un souvenir qui prend la forme d’une hallucination visuelle.
Pour autant, observer les modifications cérébrales liées à un moment de déjà-vu chez un volontaire non malade frôle l’impossible ! Rien ne permet donc aujourd’hui  d’affirmer ou d’écarter la piste d’une micro crise épileptique du lobe temporal chez des personnes non-épileptiques.
Le facteur psychologique ?
Hors cas épileptiques, le déjà-vu est souvent assimilé à la paramnésie, soit la déformation ou l’invention de nouveaux souvenirs. A ce niveau, la corrélation entre mémoire et degré de perception, les deux facteurs évoqués par Bergson, est forte. D’ailleurs, les personnes fatiguées, stressées, anxieuses et/ou victimes de fortes émotions sont plus sujettes à l’impression de déjà-vu car ces fragilités passagères impactent justement la mémoire et la finesse des sens.

A noter : la sensation de déjà-vu se déclenche souvent par un stimulus visuel. Mais d’autres sens comme l’odorat ou le tactile, et plus globalement les perceptions sensorielles, peuvent intervenir.