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Nourrissons : une alimentation pas assez riche en lipides

Nutrition
La consommation de sucres et de gras est essentielle au cours de la petite enfance. Problème, peu d’études se sont jusqu’ici intéressées à leur apport chez les moins de 1 an. « Jusqu’ici » car une équipe française s’y est récemment attelée. Et leurs résultats sont surprenants : si l’ensemble des bambins présente des consommations de glucides en adéquation avec les recommandations, les lipides, eux, sont à la peine.
Les lipides et les glucides représentent deux grandes familles de macronutriments. Ils contribuent chacun à l’apport énergétique. C’est dire leur importance pour l’organisme des plus jeunes. En effet, les recommandations chez les enfants au moment de la diversification alimentaire sont très précises.
Pour les lipides - indispensables à la croissance cérébrale - les apports doivent être plus élevés que chez l’adulte et représenter pas moins de 40% de l’apport énergétique. En ce qui concerne les glucides, il n’existe pas de recommandation spécifique pour les enfants de moins de 3 ans. En revanche, pour les plus de 3 ans, les besoins sont de 50% de l’apport énergétique.
En pratique qu’en est-il de la consommation réelle des moins d’un an en France ? Eh bien, aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’existe pas de travail exhaustif sur le sujet. C’est pourquoi, des scientifiques français* se sont penchés sur la question.
Une alimentation peu riches en graisses
Ils ont ainsi cherché à analyser les apports en lipides et en glucides chez des enfants âgés de 8 à 12 mois. Pourquoi 8 mois ? « C’est en moyenne à cette période que la part de l’alimentation lactée diminue au profit des aliments de diversification alimentaire », lance Blandine de Lauzon-Guillain, co-signataire de ce travail.
En s’appuyant sur la cohorte EDEN (Etude des déterminants pré et post natals du développement et de la santé des enfants), ils ont suivi et mesuré l’alimentation de 1 275 enfants. Plus précisément, ils ont quantifié les apports en micronutriments, en matières grasses ajoutées (huiles végétales, beurre…) et en sucres ajoutés (sucre blanc ou roux, miel, confiture…).
Et les résultats sont pour le moins surprenants. A peine 5% des enfants reçoivent les apports nécessaires en lipides. Alors que 95% d’entre eux respectent les recommandations en matière de glucides (50% de l’apport énergétique, ndlr)!
Notons que ces apports varient assez peu en fonction des facteurs socio-économiques. En revanche, les enfants allaités plus longtemps présentaient de meilleurs apports en lipides.
Ne pas restreindre les lipides
Mais revenons à la principale info : comment expliquer cette sous-consommation quasi généralisée de lipides chez les 8-12 mois ? La réponse tient sans doute d’une mauvaise interprétation parentale. Quand on dit « ajout de matière grasse », on pense nécessairement « risque de surpoids ». Paradoxalement, c’est donc en espérant préserver les enfants du risque d’obésité, que des parents utilisent des laitages allégés ou restreignent l’accès aux huiles par exemple.
A tort ! La littérature scientifique est d’ailleurs très claire sur ce sujet. Une autre équipe de l’INSERM avait déjà montré que les enfants qui ont des apports faibles en graisse avant l’âge de deux ans présentent un risque accru de développer un surpoids à l’âge adulte. « Au cours de cette période précoce, l’organisme s’adapte pour prévoir l’environnement à venir », expliquait alors Marie-Françoise Rolland-Cachera, co-auteur des travaux. « En cas de régime pauvre en lipides, le métabolisme sera programmé pour faire face aux déficits et ne sera pas préparé à faire face à des apports élevés en lipides ultérieurement. »
D’ailleurs, le ministère en charge de la Santé le martèle : « Jusqu’à trois ans, il n’y a pas lieu de restreindre les apports lipidiques. » Côté pratique, pour atteindre les recommandations, il faut encourager les mamans à ajouter un peu de matière grasse dans les menus de leur bébé, environ une cuillère à café d’huile ou une noisette de beurre à chaque repas.
Pour conclure, Blandine de Lauzon-Guillain tient tout de même à apporter une précision. « Notre étude n’a porté que sur 2 villes, Nancy et Poitiers. Difficile dans ces conditions d’extrapoler à l’ensemble du territoire français ».
*Centre des Sciences du Goût et de l’Alimentation, CNRS, INRA, Univ. Bourgogne Franche-Comté, Dijon, France - INSERM, UMR1153, Centre de Recherche en Epidémiologie et Statistique Paris Sorbonne Cité (CRESS), Origines précoces de la santé et du développement de l'enfant; Université Paris Descartes .