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Quand les émotions nourrissent la pensée

Neurologie

Du plaisir à l’envie en passant par la colère et l’appréhension, les émotions sont souvent accusées de parasiter la raison. Pour autant, les neurosciences les décrivent désormais comme moteurs de nos capacités de mémorisation. Pour en savoir plus, ouvrons le livre « Mémoire et émotions » écrit par Francis Eustache, spécialiste de la mémoire humaine.


Francis Eustache, chercheur en neuropsychologie* nous plonge, au cours de son livre « Mémoire et émotions », dans l’histoire des neurosciences. Et en particulier dans le domaine des émotions, en lien avec la cognition. Il commence par revenir sur les expérimentations pionnières du philosophe allemand Hermann Ebbinghaus (1850-1909) en psychologie expérimentale. Travaux au cours desquels le chercheur a mesuré les capacités de mémoire. Mais les sciences étant encore très fractionnées à cette époque, l’effet des émotions n’intéressaient que très peu les neurosciences. Elles étaient perçues comme « pollution de la raison ».


Dans les années 1960-1970 ensuite, seuls le langage et la perception étaient associés à la mémoire. Le registre des émotions était à la marge. Mais ces 30 dernières années, l’évolution des savoirs et des nouveaux outils en neurosciences, notamment dans le domaine de la neuro-imagerie, ont confirmé le lien entre émotions et cognition.


Emotion versus raison


Les spécialistes savent aujourd’hui que la frontière entre émotion et raison n’est pas si ténue. Francis Eustache, décrit à quel point les émotions peuvent stimuler le fonctionnement cognitif et la mémoire. A condition que ces ressentis profonds restent « en dehors de situations extrêmes, (…) intenses et incontrôlables ».


L’auteur décrit ainsi les modifications associées aux émotions : physiologiques (variations de la fréquence cardiaque), comportementales (changements dans l’expression du visage) et internes (les pensées). Des cas cliniques de syndromes post-traumatiques, mais aussi l’impact du marketing et des addictions sur les émotions et donc les processus de mémorisation sont passés au crible. L’ouvrage fait aussi le parallèle avec l’intelligence artificielle.


Pensées logiques et sentiments… compatibles


Ainsi, en 7 chapitres, on comprend comment « une situation émotionnelle peut entraîner une meilleure mémorisation qu’une situation neutre » chez l’Homme. En décrivant le potentiel des émotions, Francis Eustache entre au cœur de la racine latine de ce mot, emovere, signifiant « se mouvoir vers l’extérieur ». Et distingue clairement les émotions des humeurs du jour, de l’affect et des pulsions.


*Directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE), Université de Caen, Unité Inserm dédiée à l’étude la mémoire humaine et de ses maladies, président du conseil scientifique de l’Observatoire B2V des mémoires.