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ACE

L'antigène carcinoembryonnaire a été découvert en 1965 à Montréal par Gold et Freedman dans des extraits de cancer colique et de côlon fœtal. Comme ces chercheurs ne l'avaient pas détecté dans le côlon normal, ils l'ont appelé "antigène carcinoembryonnaire du système digestif ". Ce nom a été abrégé en antigène carcinoembryonnaire ou ACE (en anglais CEA pour carcino-embryonic antigen), encore que cette dénomination ne soit pas exacte.
Un peu plus tard, grâce à un dosage radio-immunologique permettant de détecter des doses infimes, de l'ordre du nanogramme (10-9 g), l'équipe de Gold a mis en évidence l' ACE dans le sang de certains malades. Il a alors considéré que cet examen avait une grande valeur pour le diagnostic des cancers du côlon, mais il a fallu modifier ces premières conclusions car l' ACE a été trouvé dans la muqueuse colique normale, ainsi que dans de nombreux autres cancers.

L'intérêt clinique de son dosage a été revu, pour aboutir à des conclusions nuancées. On trouve des traces d' ACE dans le sang normal et seules des valeurs supérieures à 2,5 ng/ml sont anormales. L'élévation du taux d' ACE est observée dans 70 à 80% des cancers du côlon, mais cet examen n'a pas de valeur diagnostique. Cette élévation est en général modérée (4-5 ng/ml) et des valeurs similaires s'observent en cas de maladie inflammatoire, digestive et surtout générale (cirrhose du foie en particulier). C'est seulement en cas de métastases de cancer du côlon que près de 100% des valeurs d' ACE sont élevées. L'augmentation de l' ACE n'oriente donc vers une tumeur maligne que si elle est importante (au-dessus de 10 ng/ml), du fait d'un cancer déjà important.

L' ACE est surtout intéressant pour surveiller les malades, après opération ou tout autre traitement (chimiothérapie par exemple). Après une ablation complète du cancer, le taux d' ACE revient à la normale en un mois. S'il ne le fait pas, c'est qu'il reste un fragment de tumeur. Dans les mois et années suivants, les dosages d' ACE sont répétés, par exemple tous les trois mois. Une réascension du taux d' ACE, surtout si elle est progressive, est souvent due à l'évolution du cancer (récidive ou métastase). Ce signe biologique peut précéder de plusieurs mois l'apparition de manifestations cliniques et représente un signe d'alarme, qui doit déclencher des investigations pour dépister une tumeur encore petite et extirpable.
© G. Dolisi