ALPER Tikvah

Radiobiologiste (1909 - 1995). À partir du 1er octobre 1962, elle est directrice de l' "Experimental Radiopathology Unit" au Hammersmith Hospital de Londres.
En 1967, Tikvah ALPER et ses collègues prélèvent du tissu cérébral de mouton atteints de scrapie (tremblante) puis l'injectent à des moutons sains. Après quelques temps, ces moutons sont contaminés.
Tikvah ALPER applique alors la méthode de l'irradiation pour mesurer la taille de l'agent responsable de la maladie (on déduit la taille de l'agent de la façon dont il est inactivé par les rayonnements ionisants). Les résultats sont surprenants : ce qui était considéré jusqu'à présent comme un virus est beaucoup plus petit qu'aucun des virus connus.

Cette petite taille semble exclure la présence d'acides nucléiques (ADN ou ARN). Pour vérifier que l'agent de la tremblante en est effectivement dépourvu, T. ALPER l'irradie avec des rayons ultraviolets dont la longueur d'onde (254 nanomètres) est très proche du pic spécifique de l'absorption des acides nucléiques (ces rayonnements détruisent les virus). Elle constate que l'agent de la tremblante n'est pas détruit par les ultraviolets, même à des doses qui tueraient n'importe quel virus. Par ailleurs, l'agent infectieux a certaines propriétés chimiques étonnantes : il est insensible aux températures élevées et au formol.

Cherchant à inactiver l'agent de la tremblante par les ultraviolets, T. ALPER collabore avec le radiobiologiste français Raymond LATARJET, qui travaille à l'Institut du radium : l'agent de la scrapie n'est détruit ni à 250 nanomètres (le pic d'absorption des acides nucléiques) ni à 280 nanomètres (le pic d'absorption des protéines). En revanche, il l'est à 237 nanomètres (le pic d'absorption des polysaccharides). La nature virale de l'agent pathogène est remise en question.
Cette conclusion peu orthodoxe pour les biologistes moléculaires ne plaît pas à la rédaction de la revue Nature, qui refuse l'article soumis. Toutefois, une lettre indignée des auteurs convainc l'éditeur, qui publie l'article. L'afflux de courrier suscité par cet article ne suffit pas à convaincre les autorités de l'importance de ces travaux. Comme la maladie de la tremblante a peu d'impact économique, le Centre britannique de recherche pour l'agriculture refuse de financer ce type d'études.
Cette très importante découverte leur a permis de déduire que l'agent infectieux de la tremblante du mouton n'est ni une bactérie, ni un virus, car il ne possède pas d'acides nucléiques.
© G. Dolisi